Alexandra David-Néel – Les chemins de Lhassa

En décembre 1911, à Bizerte (Tunisie), Alexandra David-Néel embarque pour l’Orient. Le but du voyage est d’étudier les textes sacrés et de rencontrer les sommités bouddhistes. Son époux, Philippe, s’enquiert de la durée approximative de son absence. « Pas au-delà de deux ans. Je t’en fais la promesse », répond-elle. Elle ne reviendra en Europe qu’en 1925.

Pendant quatorze ans, cette future icône, qui a déjà 43 ans au début de son périple, va arpenter l’Asie, de l’Inde au Tibet, de la Chine au Japon. Elle fuit sa vie de femme au foyer à l’abri du besoin, un mari infidèle et une Europe à la pensée étriquée, au seuil de la guerre. Elle trouvera cependant des tensions dans l’Himalaya. Les Anglais, régnant sur l’Inde, en surveillent la frontière tibétaine au sud. Les Chinois, depuis peu dépossédés de ces terres convoitées, exercent leur pression au nord.

La quête d’Alexandra David-Néel est avant tout spirituelle. Elle rencontre le Dalaï-Lama, maître spirituel et politique du Tibet, et suit l’enseignement d’un yogi. Pendant deux ans, vivant dans une grotte, elle contemple une chaîne montagneuse. Au-delà, le Tibet interdit. Accompagné d’Aphur, son jeune compagnon, son fils adoptif, elle franchira enfin la barrière frontalière pour atteindre son but ultime : Lhassa et les toits dorés du Palais du Potala, haut lieu du Bouddhisme. Le froid, la neige, la faim et l’absence de repères topographiques n’auront pas raison de leur volonté.

Christian Perrissin (scénario) et Boro Pavlovic (dessin) se focalisent sur ce qui a été le tronçon le plus important, tant pour l’héroïne dans son parcours personnel que pour les Européens dans leur découverte d’un pays fort mal connu au début du XXe siècle. En accord avec la spiritualité bouddhiste et le rythme lent de la marche, le récit conserve tout au long de l’album un rythme sans à-coups. C’est l’impression d’une détermination sereine qui se dégage de cette biographie. Même dans des moments de tension, l’écriture subtile de Perrissin, puisant dans les récits écrits par l’aventurière, expose le renoncement au confort matériel comme recours infaillible.

Le [mise en images de Pavlovic et en couleur d’Alexandre Boucq créent ce lien invisible entre la majesté des montagnes et la condition modeste des personnages, l’infinité de la nature et la finitude des individus, l’indomptable et le vulnérable. L’œil oscille constamment entre une profondeur vertigineuse du paysage et les visages paisibles des protagonistes.

Ce nouveau tome de l’excellente série Explora tient ses promesses, tant du point de vue graphique que celui de l’approche d’une personnalité hors norme, qui avait toujours un pas de plus à faire, un horizon à repousser et un inconnu à découvrir.

2017-10-15T13:49:44+00:00 mai 8th, 2016|nouveautes|